La Ligue se frotta les mains en clamant haut et fort ce qu'elle prit pour une victoire. Mais il n'en fut pas de même pour tout le monde. Les enfants se déchaînèrent à leur tour et
affichèrent partout ces mots tracés en grosses lettres rouges, sur des bouts de chiffons ou des draps découpés :
" ENFANTS EN COLERE ! "
Ils refusèrent tout d'abord de s'endormir, puis devant l'obstination des maîtresses à maintenir
l'interdiction des histoires de fées, ils perdirent leur cartable et ne firent plus aucun devoir. Ils inventèrent de nouvelles tables d'addition puisqu'on leur soustrayaient les fées. Ils
multiplièrent les bêtises, divisèrent les jeux en deux : ceux du jour, et de la nuit. Puis devant la colère et les punitions croissantes des parents, ils dérèglèrent toutes les
pendules,
ne rangèrent plus aucun jouet, remplirent leur sac à dos d'escargots pour les lâcher dans les
classes d'école et finirent par s'endormir dans les arbres au lieu de rejoindre leur lit.
Ils déchirèrent leurs cahiers et un beau matin, les cours d'école sentirent la tempête :
un vent d'abordage souffla dans les cartables et des pavillons noirs poussèrent sur les arbres.L'énervement des parents devint si grand qu'il y eut des accidents et des collisions
de familles. Personne n'arrivant plus à l'heure nulle part, au travail comme à l'école, les avertissements tombèrent comme de la grêle. Les parents étaient fous car ils perdirent tout
contrôle de la situation. Ils s'arrachèrent les cheveux entre deux distributions de claques, prirent des calmants après avoir supprimé les bonbons et caché
le nutella, se mirent
en
maladie à la suite de nuits blanches passées à chercher les enfants (endormis dans les arbres). Excédés, ils
jetèrent tous les livres de contes par les fenêtres, en se demandant bien qui avait eu la mauvaise idée d'inventer ces histoires de fées.
A l'école, une fermeture pour travaux fut annoncée car per
sonne ne trouva d'autre prétexte pour justifier l'absence des élèves, qui réclamaient toujours le retour des enchantements. Caprices et nouvelles bêtises suivirent. Même
la Ligue s'interrogea devant tant de cris et de désordre dans les ordres . Elle ne put résoudre le problème des fées : puisqu'elles étaient déclarées coupables de vie,
nuisibles à la santé et classées dans la catégorie des poisons, pourquoi un tel déchaînement ?